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Okkervil River : quand le folk texan fait son théâtre russe

Les lumières pétillantes des lettres géantes sur la devanture du théâtre Coliseum de Barcelone annoncent un festival de jazz sponsorisé par une marque de bière espagnole. Jusque là, on baigne plutôt dans l’évènement culturel commercialisé, américanisé, tout droit sorti de l’imaginaire d’un Catalan qui a passé deux semaines entre Broadway et les bars de jazz de Brooklyn, et a voulu ramener le tout à la maison.

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Je voudrais vivre dans une pub Estrella Damm

__Écrit par Emmanuel Haddad__ J’ai 25 ans, bientôt 26, un boulot précaire, je garde mon argent pour aller boire des coups avec mes copains, et on disserte sur le modèle économique actuel qui détruit notre avenir. Une conversation facile en Catalogne, où 40% des jeunes sont au chômage. Ça laisse toujours le temps de papoter… et de boire de la bière. Enfin, de la Estrella Damm. Après quelques bières, la discussion passe de Milton Friedmann à la beauté des jambes galbées de la voisine, aux pierres blanches des villes d’Andalousie et à la couleur de l’eau des plages de Galice. Chacun rentre chez soi, un peu ivre, et dans le lit, on se met à rêver d’une vie Estrella Damm. Parce que tout ce qu’on cherche au fond se trouve dans une pub Estrella Damm. On y laisse une copine pour aller faire un stage de cuisine chez El Bulli, le meilleur cuisinier du monde, catalan évidemment, et on tombe amoureux d’une autre magnifique blonde d’1m80, au corps peu marqué par les excès de dégustation gastronomique.__ Une bière s’il vous plaît. « Un euro. »__ Ou on organise le feu de la Saint Jean sur une plage quelconque, et puis tiens, ça nous donne envie de partir faire un tour sur un voilier avec des filles en string qui font 1m80 aux corps peu marqués par les excès de bière. Finalement, on tombe amoureux et puis au retour, et bien smack. __Deux bières s’il vous plaît. « Deux euros. »__ Ou alors, pourquoi pas tiens donc, on se prend à des petites vacances à Fomentera, et première chose qu’on voit, deux magnifiques nanas, une blonde et une brune, et elles s’appelleraient Vicky et Cristina, et elles aiment bien faire du topless dans des bateaux à moteur et faire l’amour dans des hamacs, et les incalculables Estrella Damm qu’elles s’enquillent ne rendent leurs sourires que plus divins. __Trois bières s’il vous plaît. « Trois euros. »__ Ce soir à la fête de la Merce, Herman Dune, le groupe franco-suédois qui a participé à la publicité 2011 d’Estrella Damm, se produira… dans l’ancienne usine Estrella Damm de Barcelone ! Alors pour être fin prêt pour l’évènement, qui pourrait finir dans une crique déserte avec Vicky et Cristina, ou sur un bateau à voile sponsorisé par Estrella Damm, je me rends au Ravalistan avec mes amis espagnols précaires et heureux, et nous enquillons quelques bières vendues à un euro dans la rue par des Pakistanais encore plus précaires. __Tout ce beau monde envoûté sous la voûte céleste de Barcelone, remplie d’étoiles… Sponsorisées par Estrella Damm__ !

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Les ours ne s’y connaissent pas en frontières (ni en politique)

Ós
L’agression d’Hvala, un des ours du programme de réintroduction du plantigrade dans les Pyrénées Françaises mis en place par l’Union Européenne , sur un chasseur dans la municipalité de Les (Val d’Aran) a relancé le débat sur la viabilité de la cohabitation entre les ours et les êtres humains dans une zone de haute montagne qui, ces dernières années, a connu un développement économique et urbanistique dû à la construction et au tourisme d’hiver.

Les réactions du monde politique aranais (le Val d’Aran, dont la culture est Occitane, est un territoire autonome de la Catalogne) ont été immédiates. Le President du Conselh Generau de la Val d’Aran, Francés Boya, réclame "le retrait des ours du territoire" et affirme que "la réintroduction de l'ours a été un échec". C’est une opinion que ne partage pas le Conseiller pour l’environnement de la Generalitat de Catalunya, Francesc Baltasar, qui explique "qu’on ne peut pas arrêter le programme de réintroduction" seulement à cause d’une rencontre fortuite.

Quoi qu’il en soit, Hvala est devenue l’objectif numéro 1 pour les gardes forestiers de la vallée pyrénéenne, lesquels ont déjà commencé leur propre recherche avec l’aide de l’émetteur porté par l'ourse brune. Cette chasse n’est pas partagée par les mouvements conservateurs : par exemple les membres de l’association Ecologistes en Action, qui jugent la mesure prise par le Conseil d’Aran disproportionnée et inappropriée et proposent une régulation plus grande de la chasse pour éviter les rencontres entre les hommes et les ours.

Tout ceci ne manque pas de rappeler le débat qui a surgi il y a quelques années dans les départements frontaliers français quand le programme de réintroduction négocié par l’UE, la France et l’Espagne a commencé. Un débat qui éclate maintenant en Espagne du fait que la plupart des ours préfèrent vivre en terre aranaise que dans les bois du Midi-Pyrennées. Il est vrai que les ours ne s’y connaissent ni en frontières ni en politique.

Traduction: Núria Hernández Photo: Nakisi (Flickr.com)

2 millions d’européens participeront aux élections européennes espagnoles

D’après les chiffres du Bureau du recensement en Espagne, presque 2 millions de citoyens communautaires pourront voter aux élections européennes du prochain mois de juin 2009. Ces données prennent toute leur importance si on les compare avec l'ensemble de la population espagnole (environ 44 millions d'habitants).

Aux citoyens de la Vieille Europe communautaire, comme le Royaume-Uni (320.445) et l’Allemagne (170.185), majeurs et résidant en Espagne, il faut maintenant ajouter les plus de 650.000 Roumains qui sont arrivés sur le territoire espagnol au cours de ces dernières années.

Si l'on observe la distribution géographique des citoyens communautaires en droit de voter, la plupart d’entre eux habitent à Madrid (avec 294.669 électeurs potentiels), Alicante (247.372), Barcelone (145.502) et Malaga (127.895). Les deux plus grandes villes d'Espagne (Barcelone et Madrid) sont les lieux de résidence favoris des ressortissants roumains, tandis que les villes levantines aimantent l’immigration britannique et allemande.

Malheureusement, en dépit de la croissante importance de ces élections, la population européenne résidant en Espagne n’est que peu intéressée par les échéances européennes et locales. Les données sont révélatrices: le 31 août 2008, seulement 200.000 personnes des presque 2 millions de communautaires résidant en Espagne se montraient intéressées par ce droit.

Si le droit de vote est un des piliers des démocraties libérales européennes, alors le fait que seulement un dixième de la population communautaire veuille se rendre aux urnes en juin 2009 est préoccupant. Devrait-on faire quelque chose à ce sujet ?

Traduction: Núria Baró

Vraie/fausse critique de/à Vicky Cristina Barcelona

Il ne manquait vraiment que moi lors de la présentation officielle du dernier film de Woody Allen, Vicky Cristina Barcelona, dans la capitale catalane. Le tapis rouge de l’Auditori de Barcelona a vu se pavaner les grandes personnalités culturelles, politiques et sociales du microcosme barcelonais. Pour être quelqu’un dans cette ville, il fallait être parmi les 1500 heureux élus. Parmi eux, il y avait de nombreux artistes et admirateurs du cinéaste new-yorkais mais, plus surprenant, une belle palette d’hommes politiques présents au rendez-vous. Pour ne citer que les plus grosses pointures: l’actuel président de la Generalitat, José Montilla et… l’ancien, Pasqual Maragall; la ministre espagnole de la Défense, Carme Chacón; et les principaux leaders des grands partis en Catalogne, Miquel Iceta (PSC), Daniel Sirera (PP) et Artur Mas (CiU). On aurait plutôt dit une soirée électorale ou un match du Barça qu’une (fausse) avant-première. Je me demande si autant de dirigeants étaient de la partie lors de la présentation des précédents films de Allen à Londres ou si Mr. Sarkozy viendrait avec tous ses ministres pour une soirée à Paris. En fait, en y réfléchissant mieux, pour ma deuxième remarque, je crois qu’il serait là, avec Carla Bruni et Rachida Dati. Et Bernard Kouchner, bien sûr… Heureusement, le formalisme institutionnel était bien contrecarré par l’inévitable essaim de pointilleux paparazzis de la presse people (pour être gentil) venus glaner une réponse aux scandaleuses déclarations de Javier Bardem sur son amour de l’Espagne. Vous ne savez pas de quoi je parle? Tant mieux…Un truculent mélange de charme et médiocrité, art et propagande touristique, fierté et exaspération…

Quoi qu’il en soit, à ma plus grande surprise, je n’ai jamais reçu de carton d’invitation pour ce happening d’unité nationale délicieusement décadent. Et, pour l’instant (mais ma volonté n’est pas inébranlable) je me résiste à voir le film. Je me lance donc, en toutes lettres, dans ce qu’on aurait tort de ne pas nommer une critique à l’aveugle. Mais, au fond, qu’importe….L’important ce n’est pas le cinéma c’est le décor: Barcelone. Ou les corps, si vous voulez. Ceux de Penelope Cruz, Javier Bardem et Scarlett Johansson. En partant de là, du trailer et des commentaires des spectateurs (dont le plus récurrent reste le profond « Ce n’est pas son meilleur film, mais… ») il est aisé d’imaginer l’impression dérangeante que doit produire la confrontation de l’univers cérébral et névrosé de Woody Allen avec l’insouciance et la sensualité méditerranéenne (oh! le beau cliché…). Un peu comme si Bergman dirigeait une comédie musicale, Antonioni un vaudeville ou Lynch un film à l’eau de rose.

On arrêtera tout de suite cette glose car il ne serait pas étonnant qu’une nouvelle loi votée récemment par le parlement interdise toute médisance à l’égard du film. Orgie patrotico-artistique oblige. Réjouissons-nous quand même que Barcelone passe d’être la ville de l’Auberge espagnole à celle de Vicky Cristina Barcelona. Le saut n’est pas énorme mais on a les films que l’on mérite… On pourra toujours se rabattre sur la beauté des plans barcelonais filmés par Antonioni dans Profession Reporter. Avec l’abolition du service militaire, voilà donc le nouveau devoir à voir pour la patrie. «Fent pais», comme on dit ici. Fem, fem, quin remei

Article d'Aurélien Le Genissel, journaliste francoespagnol basé à Barcelonne.

Le chômage trouble l’Espagne au même moment que Wall Street prône l'intervention étatique

La fin de l'especulation dans la construction supprime un grand nombre d'emplois 2,5 millions de personnes, presque 11 pour cent de la population active, étaient au chômage en Espagne à fin août. Au cours de la dernière année, plus de 500 000 personnes auraient perdu l’emploi dans le pays ibérique. Les plus touchés : les classes les plus basses et populaires et les nouveaux arrivés. En effet, de ce demi-million, un sur cinq (112 539) serait d’origine étrangère. Quant au secteur le plus touché, la fin de la bulle spéculative de la construction aurait supprimé 180 000 postes de travail tout au long de la dernière année.

Il y a quelques mois, on disait sur ce blog que l’économie serait l’un des grands défis du gouvernement Zapatero pendant la nouvelle législature. Il n’a pas fallu attendre bien longtemps pour rencontrer les premiers obstacles sérieux à l’action du gouvernement du cabinet dont José Luis Rodriguez Zapatero est le président.

Les ministres espagnols de l’Economie, Pedro Solbes, et de l’Emploi, Celestino Corbacho, ont beaucoup de travail devant soi. Le cercle vertueux de l’économie espagnole est fini. Les périodes de vaches maigres commencent.

Au même moment, les marchés financiers mondiaux tremblent. Curieusement, les partidistes de liberalisme et la desrégulation prônent maitenant l'intervention étatique.

Photo: Rodrigo Rodrigo Rodrigo (flickr.com)

L’Union Méditerranéenne de Sarkozy à débat

Le Consortium Universitaire International Menéndez Pelayo de Barcelone (CUIMPB) et l’Institut Européen de la Méditerranée (IEMED) offriront fin septembre (29 et 30 septembre) l’atelier L’UE et ses voisins méditerranéens et de l’est : relations de responsabilité ou de sécurité ?

Adressé à des étudiants ainsi qu’à des personnes intéressées aux dynamiques de la politique extérieure de l’Union, le séminaire sera une opportunité pour connaître de près les détails de la proposition de l’Union Méditerranéenne formulée par le président Nicolas Sarkozy en corrélation avec les principes de ce que l’on appelle le Processus de Barcelone et la politique européenne vers les pays de l’Europe Orientale.

__Lieu : CCCB (Centre de Cultura Contemporània de Barcelona) Prix : 145€ (90€ pour étudiants universitaires) Contact : info@cuimpb.cat. Tél : 933 017 555. Fax : 93 442 11 79__

La Malédiction française du Barça

Thierry Henry, lors de sa première saison avec le FC Barcelone

Le FC Barcelone débutera la saison de football 2008-2009 avec deux joueurs français dans ses rangs, Thierry Henry et Eric Abidal. L’occasion de revenir sur une donnée curieuse : aucun joueur de l’hexagone n’a réussi à s’imposer durablement au sein du club catalan.

On a la fierté que l’on peut. Alors que des pays comme l’Espagne, l’Angleterre ou l’Italie s’enorgueillissent de leurs clubs au palmarès surchargé, la France ne compte qu’une Ligue des Champions, gagnée avec Marseille, en 1993. Ce qui fait, en comptant bien, deux fois moins que celles de Nottingham Forest, vainqueur en 1979 et 1980, et qui milite actuellement en deuxième division anglaise. Cependant, s’il y a une chose dont la France est fière, c’est le fait que le joueur français s’exporte très bien : les meilleurs clubs d’Europe ont eu dans leurs rangs un ou plusieurs joueurs français qui ont marqué leur histoire. Eric Cantona à Manchester, Thierry Henry et Patrick Vieira à Arsenal, Zinedine Zidane à Turin puis Madrid : les exemples ne manquent pas. Et le Barça ? C’est l’exception, le mystère, la malédiction : en gros, rien, le désert. En effet, dans un club plutôt marqué par l’apport des Brésiliens ou des Hollandais, les Bleus ont été au mieux discrets, au pire catastrophiques.

Les échecs

Ce sont les plus nombreux. N’importe quel culé a un sourire amer aux lèvres à l’évocation de ces noms : les bourdes du gardien Richard Dutruel, Philippe Christanval conspué par le Camp Nou, le fantomatique Frédéric Déhu, et enfin le décevant Christophe Dugarry, pourtant champion du Monde et d’Europe sous la tunique bleue. Erreur de casting, joueur surévalué ou sous-utilisé : les explications de manquent pas.

Les déceptions

Les joueurs prestigieux ont eux aussi échoué dans la Ciutat Condal : sans démériter, Laurent Blanc n’a pas eu l’apport escompté, et n’est resté que la saison 1996-1997 au club. Même chose pour Emmanuel Petit, indiscutable en Angleterre, et qui se retrouva arrière gauche dans le schéma de Van Gaal en 2000-2001. Quant à Lilian Thuram, arrivé en fin de carrière en 2006, il n’a été que l’ombre du superbe défenseur qu’il était en Italie.

Une exception et des espoirs

Dans ce palmarès à l’envers, seul Ludovic Giuly parvient à se sauver. Le petit attaquant rappelle fréquemment qu’il est en effet le seul Français titré (deux ligas et une Champions League) avec le FC Barcelone. Sans avoir eu le statut de crack indiscutable de Ronaldinho ou Messi, il a laissé un bon souvenir dans la capitale catalane. Et l’avenir ? Deux joueurs français sont encore au club. Deux joueurs qui ont déçu pour leur première année en Espagne, mais qui peuvent se rattraper. Tout d’abord Eric Abidal, qui a souffert du manque de préparation physique de la saison dernière, mais qui semble plus à l’aise avec le nouvel entraineur. Et surtout Thierry Henry, joueur emblématique des années 2000, qui n’a pas été pour le moment à la hauteur de sa réputation. A l’orée d’une nouvelle saison, le tout nouveau capitaine de l’équipe de France a une deuxième chance de rompre le maléfice des Français du Barça.

Nicolas GRIMALDI

Fotografia: Chantrybee (flickr.com)

EuroScience Open Forum à Barcelone : la science à la portée du grand public

Esof.gif Plus de 3 000 scientifiques de toutes les disciplines, étudiants, hommes politiques et entrepreneurs se sont donnés rendez-vous du 18 au 22 juillet à Barcelone, la Capitale Européenne de la Science 2008, afin de participer à l’EuroScience Open Forum. Au cours de ces rencontres multidisciplinaires, plus de 100 conférences seront tenues, certaines d’entre elles assurées par des Prix Nobel du calibre du chimiste israélien Aaron Ciechanover ou du chercheur américain Richard J Roberts.

D’après Enric Banda, codirecteur d’ESOF2008 et président d’EuroScience, « il s’agit d’un grand forum de débats qui réunira tous ceux qui ont quelque chose à dire, à écouter ou à apprendre en science : des jeunes chercheurs, des entrepreneurs qui cherchent à rentabiliser leur R&D, des étudiants ou des hommes politiques qui doivent prendre des décisions dans le domaine des infrastructures et des politiques scientifiques européennes ».

Quelques sujets qui seront traités tout au long des journées de travail : la recherche sur les cellules souches, la relation entre la science et la lutte contre le terrorisme, le changement climatique, l’alimentation, le clonage et la politique européenne de R&D. De même, lors de ces journées scientifiques, une grande importance sera accordée à l’avenir professionnel des jeunes talents scientifiques. C’est pourquoi les organisateurs préparent une suite de rencontres avec des scientifiques reconnus, au cours desquelles les étudiants pourront entrer en contact et partager des expériences dans l’ambiance détendue d’un rendez-vous gastronomique.

Au-delà d’une rencontre purement scientifique, le Forum Européen de la Science a aussi la volonté de mettre la science à la portée du grand public. Dans cette optique, plus de 70 activités pour petits et grands ont été planifiées: des ateliers de science et de cuisine, la reproduction à échelle humaine d’un proton, ou encore la lévitation du plus grand bateau en papier jamais construit, et qui aspire à battre le record Guinness.

La vida es un tango

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Au café du marché, un vieux monsieur à l’air renfrogné prend le soleil. La clope au bec, et le regard absent, il voyage dans son passé. Il a l’air bien. “Sais-tu quel âge j’ai ? “ Je ne voudrais pas le vexer et préfère attendre prudemment la réponse.

“82 ans”.

Tandis que je le dessine, Jaume Bascu égraine ses souvenirs. Il a été tout à la fois menuisier, taxiste et pompier ( “mais maintenant avec toutes ces infections, et tous ces drogués, on ne peut même plus faire un bouche à bouche, quelle époque...” ). Large casquette et moustache virile, je peine à le reconnaître sur la photographie en noir et blanc qu’il extirpe de son portefeuille en tremblant.

Il fredonne de sa voix éraillée et un sourire lui monte aux lèvres. Quelque chose se réveille en lui, quelque chose de jeune et de pétillant.

Dic, son petit fox terrier agite la queue nerveusement et monte sur les genoux de son maître pour lui rappeler ses devoirs. Jaume s’en va à petits pas. La vida es un tango, il faut savoir le danser.

Article de Géraldine Garçon, artiste française basée à Barcelone.

Les vents du changement soufflent sur le FC Barcelone

Un des derniers buts de Ronaldinho avec le Barça

Tandis que la plupart des amateurs de football concentrent maintenant leurs regards sur le Championnat d'Europe des nations, les supporters du FC Barcelone vivent des moments de confusion et de changement.

À peine deux ans après avoir gagné la Ligue des Champions, la magie de Ronaldinho, la rage de Samuel Eto'o et la vision du jeu d’Anderson da Sousa "Deco" se sont volatilisées au cours d’une saison à oublier, balayant les rêves de milliers de supporters. Ni les élégantes envolées d'un Thierry Henry à l'automne de sa carrière sportive, ni un Leo Messi intermittent à cause de sa fragilité musculaire n’ont réussi à tirer vers le haut une équipe en pleine crise.

Mise sous pression par une motion de censure (à la différence de la plupart des équipes européennes, le Real Madrid et le FC Barcelone sont propriété de leurs socios et tiennent des élections régulièrement), l’équipe dirigeante du Barça, avec à sa tête Joan Laporta, se prépare à présent à rebâtir une équipe le plus vite possible.

Ronaldinho, Eto’o, Deco, Thuram et Márquez laisseront sûrement le club catalan, suivant le chemin d'un entraîneur comme Frank Rijkaard, incapable de gérer un vestiaire "galactique" au quotidien.

Leurs remplaçants? Pour le moment, le Barça a renforcé sa défense avec des joueurs de talent comme Keita, Martín Cáceres ou Piqué, ainsi qu’un authentique latéral à l’ancienne, Daniel Alves. Dans le même temps, il a confié la direction de l’équipe à une figure du club très appréciée des aficionados: Josep Guardiola. Reste à savoir qui va occuper le front de l’attaque en lieu et place de Ronaldinho et Eto'o. Les candidats ne manquent pas: Benzema, Trézéguet, ou encore Alexander Hleb.

Tout cela dans un but : faire retrouver le sourire aux supporters d'un club qui a vu comment son éternel rival, le Real Madrid, a gagné facilement les deux derniers championnats d’Espagne.

Traduction: Mireia Bel

Polémique dans les contrôles aux aéroports

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Un citoyen espagnol, atteint de la maladie chronique de fibrose kystique, a mis une fois de plus le Parlement Européen le dos au mur. Son nom : David Raya (l’Hospitalet de Llobregat, 1981).

Tout a commencé à l’aéroport de Berlin, quand la police allemande ne lui a pas permis de passer avec les 40 doses quotidiennes de médicaments dont il a besoin pour contrôler sa maladie. La raison : un règlement secret développant la Directive 1546/2006, qui a durci récemment les normes de sécurité dans les aéroports.

Raya, gêné par cette expérience mais aussi par le fait qu’il doive donner des explications à chaque fois qu’il prend l’avion, a décidé de présenter une pétition de dérogation ou de modification de cette Directive au Parlement Européen. La demande a eu une grande répercussion dans la presse Barcelonaise et, surtout, parmi les eurodéputés catalans, au-delà de leur idéologie.

Le cas de Raya n’est pas isolé. Des plateformes citoyennes comme nosinzapatos.com (pas sans chaussures) démontrent le malaise croissant de la population vis-à-vis de ces normes qui provoquent des situations arbitraires dans le domaine de la sécurité aéronautique. Le fait d’obliger les passagers à se déchausser en est une.

En décembre dernier, l’eurodéputé Ignasi Guardans (Convergència i Unió) a montré son rejet de ce règlement en refusant d’enlever ses chaussures lors d’un contrôle à l’aéroport de Barcelone. À cette occasion, l’homme politique catalan a insisté sur le fait que « les aéroports ne peuvent se transformer en un bastion dans lequel certaines personnes en uniforme peuvent agir de forme arbitraire et sans aucun contrôle ».

Ces deux affaires mettent en évidence le fait que les organes législatifs de la Communauté Européenne et de l’État devraient méditer sur les effets des mesures de lutte contre le terrorisme sur les droits civils. Eh bien, des lois européennes au très controversé Patriot Act américain, il n’y a qu’un pas.

Traduction: Núria Baró

Un peu d'eau, s'il vous plait!

Pantà de Sau Après de longs mois de sécheresse, la Catalogne a enfin reçu le don de la pluie. Toutefois, cette parenthèse pluvieuse a été fugace et insuffisante, loin de subvenir aux besoins d'une population comptant plus de 7 millions de personnes. Il faudrait plusieurs semaines de précipitations continues afin que les niveaux d’eau des barrages atteignent ceux de l'année précédente.

La situation était et reste si désespérée que les gouvernements de la Catalogne et de l'Espagne ont été obligés de prendre des mesures urgentes et hautement controversées: la réalisation d'une dérivation transitoire depuis l’Èbre -une question qui génère une véritable guerre politique en Espagne-, l’interdiction de l'arrosage des plantes et le changement d'eau des piscines, etc... L’image la plus médiatique de la sécheresse a été probablement l'arrivée de bateaux pleins d'eau dans le port de Barcelone.

La crise hydrique prend plus d'importance encore si l'on considère que Barcelone est l'une des villes qui économise le plus d'eau au niveau européen – elle consomme 110 litres par jour et par habitant- selon l'étude Urban Ecosystem Europe. En comparaison, les parisiens consomment quotidiennement plus du double de litres par personne que les barcelonais. Des images comme le nettoyage des rues de la capitale française à l’aide de jets d’eau sont peu fréquentes dans la ville méditerranéenne. Au contraire, la mise à profit de l'eau de la ville de Barcelone est si grande que l’arrosage des espaces verts de la ville s’effectue avec de l'eau emmagasinée dans des immenses réservoirs souterrains. Toutefois, il est clair que la quantité de pluie qui tombe périodiquement en Île-de-France est de loin supérieure aux niveaux pluviométriques du Sud de l'Europe.

Quoi qu’il en soit, le très commenté changement climatique est bien ici. Les pays et les villes du sud de l'Europe ne l’oublient pas, car ils vont être les premiers à en subir les conséquences. Pour eux, la nouvelle culture de l'eau n'est pas une option mais un besoin.

Photographie: Barrage de Sau- Avril 2008 (Flickr) Traduction: Mireia Bel

Merci!

Chers babeliens catalans,

Avant tout, je voudrais remercier tous les gens, les collectivités et les institutions pour le soutien que vous nous avez donné pendant ces derniers mois. Pour notre part, nous allons continuer notre recherche de fonds pour relancer la version catalane de cafebabel.com. Pendant ce temps, nous maintiendrons le blog de Barcelone actif, d’où nous nous efforcerons de faire connaître la réalité catalane partout en Europe et la Catalogne aux européens qui vivent ici parmi nous.

Si vous voulez collaborer avec nous, participer aux actions de la rédaction locale de Barcelone ou, tout simplement, nous donner un coup de main, vous pouvez nous écrire à Barcelona@Cafebabel.com

Merci beaucoup à tous.

Traduction de Núria Baró

Divers-cité

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Bon ben, le jour de l’Europe…faut marquer le coup, comme on dit… Un peu moins que l’année dernière. «Cinquante ans ça ne se fête pas tous les jours », comme dit la France, toujours lucide et raisonnable. 51 non plus, mais ça, c’est une autre histoire…

51 donc. Bon anniversaire à tout le monde car, comme on dit aussi, l’Europe c’est chacun de nous. Après, ça se complique parce que c’est un peu usant de rappeler chaque année l’histoire de l’Europe, les bienfaits de l’Europe, les défauts de l’Europe, les espoirs de l’Europe…Comme pour tous les anniversaires, quoi. Ceux qui aiment moyennement ça comprendront. En plus c’est férié un peu partout en Europe, un peu quand chacun veut (le 5 en Angleterre, le 8 en France, le 12 en Espagne, France et… Angleterre ?), donc l’ambiance n’est pas trop au travail.

C’est pour ça que j’ai finalement décidé de faire un petit article écolo-recycleur-appropriationiste-postmoderne. C'est-à-dire (ré-)utiliser ce que les autres ont déjà dit sur l’Europe. Ce n’est pas ce que fait l’art contemporain ? Alors pourquoi pas le journalisme contemporain ? Essayons. Et, en hommage à mon titre, commençons par « La France se nomme diversité » dit Fernand Braudel (une figure intellectuelle européenne) dans son livre L’identité de la France. Affirmation intéressante, surtout de nos jours, mais qu’il faudrait en fait appliquer à l’Europe. Remarquez aussi l’ironie de sa définition quand il cherche l’identité de la France. L’identité…c’est la diversité, et vice-versa. Bon on commence bien : mine de rien, c’est un des défis de l’Europe.

Allégeons, allégeons…c’est tout de même un anniversaire que l’on fête. Voilà donc quelques citations (« Les pilotis de l’écrivain fantôme » comme dit Erik Orsenna) amusantes sur différents pays européens. Ça vaut ce que ça vaut mais, je vous l’ai dit, on fait du remake aujourd’hui.

Allemagne : « L’Allemagne est un pays que je n’aimerais pas avoir pour voisin » (Konrad Adenauer)

Angleterre : « Il n’est pas interdit de penser que, si l’Angleterre n’a pas été envahie depuis 1066, c’est que les étrangers redoutent d’avoir à y passer un dimanche » (Pierre Daninos)

« Un anglais, même s’il est seul, forme une queue bien alignée d’une seule personne » (George Mikes)

France : « La France est un pays où il est plus important d’avoir une opinion sur Homère que d’avoir lu Homère » (Stendhal)

« Si les autres parties du monde ont des singes, l’Europe a des Français. Cela compense » (Arthur Schopenhauer)

Espagne : « Que ce soit la révolution ou la paella, rien de ce qui est espagnol n’est simple » (Michel Audiard)

Pologne : « Quand à l’action, elle se passe en Pologne, c’est-à-dire nulle part » (Alfred Jarry)

Grèce : « C’est beaucoup de rois et de chèvres éparpillés sur du marbre » (Giraudoux)

Suisse : « Les Suisses ont su construire un très beau pays autour de leurs hôtels » (George Mikes)

Voilà mon petit cadeau pour tous. J’ai fait une (tout petite) séléction. Je n’ai pas pu inclure tous les pays, mais ne vous inquiétez pas l’année prochaine je récidive avec les autres !

C’est donc la diversité qui définit chaque pays et donc l’Europe (je sais, j’ai l’air d’un homme politique ou d’un manuel scolaire…) et c’est elle qu’il faut tenter de préserver. Evidement ça serait bien que l’Union avance dans l’homogénéisation des diplômes, des impôts, des sanctions, des pouvoirs supranationaux, des infrastructures…mais on est moins pressé en ce qui concerne les contraventions, les droits télévisuels ou les prix. Profitons, tant qu’on peut encore, de cette vision (humoristique) de la diversité, qui permet de ne pas payer ses contraventions avec une voiture immatriculée dans un autre pays, de voir le foot gratuitement à travers une chaîne étrangère ou de pays les choses deux fois moins cher dans le pays voisin. En principe ça ne durera pas, l’Europe va inévitablement, lentement mais inévitablement, finir par être réellement un seul espace. Je suis optimiste, me dira-t-on : oui, mais « L’heure est à l’optimisme. Gardons le pessimisme pour des jours meilleurs » (celle-ci est anonyme).

Concluons, concluons…car ce n’est pas une félicitation que je fais c’est une dissertation ! Pour finir avec le sourire et souhaiter un joyeux anniversaire à l’Europe, une dernière devinette sur sa « divers-cité » :

« Qui est lent comme le Suisse, borné comme le Belge, sournois comme le Hollandais, lourd comme l’Allemand, insignifiant comme le Luxembourgeois, dédaigneux comme l’Anglais, bidon comme l’Italien et exaspérant comme le Français ? L’Européen, l’homme de demain » (Georges Wolinski)

Article d'Aurélien Le Genissel, journaliste francoespagnol basé à Barcelone.

De Barcelone à la Barcellonnetta?

"Fontana di Canaletas" C’est déjà un fait. La communauté italienne est devenue le deuxième collectif d’étrangers résidents à la ville de Barcelone, après la communauté équatorienne, selon l’Enquête "La population étrangère à Barcelone" preparée par le Centre de Statistique de la Mairie de Barcelone. Plus de 20.000 italiens habitent dans la ville catalane. Au cours de la dernière année, plus de 3.000 italiens se sont installés à Barcelone. En fait, dans des quartiers comme Sarrià, Sant Gervasi, Gràcia ou l’Eixample, les italiens sont déjà la plus nombreuse communauté étrangère.

La raison de tout cela, il faut la chercher dans deux facteurs clairement différents. D’ une part, beaucoup de jeunes italiens cherchent dans la capital catalane une offre de travail qu’ils ne trouvent pas dans leur propre pays. D’autre part, un grand nombre d’argentins et brésiliens ont profité de cette facilité qui existe pour obtenir la nationalité italienne et pouvoir jouir des avantages de cette condition de citoyenneté communautaire, à un moment où les autorités espagnols réduisent l'entrée aux citoyens des pays latino-américains.

Le rapport dévoile d’autres données d’intérêt. La population communautaire résidant à Barcelone compte déjà plus de 70.000 personnes. Indépendamment des italiens, des citoyens d'autres pays comme la France, l'Allemagne, la Roumanie ou le Royaume-Uni se sont aussi installés dans la capitale catalane.

Traduction d’Alexia Vidal

Photographie de Kikm (flickr.com)

Barcelone, Göteborg, Berlin

destrucci__de_la_mem_ria.jpgLonely Karen Drifter est une chanteuse de folk alternatif. Elle compose une musique pure et belle, utilisant seulement une guitare, une belle voix et, surtout, beaucoup de sentiments. L’autre jour, j’écoutais l’une de ses interviews à la radio. Dans cet entretien, ce qui a attiré mon attention, plus que la musique elle-même (bien que très jolie), a été ce qui suit : la chanteuse expliquait l’influence de sa vie sur sa musique. En particulier les villes où elle a vécu : Göteborg et Barcelone. « la Suède et la Catalogne ? », vous allez vous demander. Deux pays si contraires peuvent-ils intéresser la même personne ? Mais oui ! Je le dis si catégoriquement parce que moi, j’ai vécu aussi dans ces deux pays. De manière volontaire, évidemment. La Suède et la Catalogne sont deux pays très différents, mais c’est justement pour cela qu’ils sont si complémentaires. Tranquillité, organisation et beaucoup d’espace pour le pays nordique ; mouvement, chaos et rues étroites pleines de monde dans l’une des régions les plus nordiques d’Espagne. Ou l’une des plus méridionales d’Europe, si l’on le voit depuis une perspective continentale.

La vie, ce n’est pas choisir une option ou une autre (cela serait très ennuyeux) mais c’est, surtout, vivre tout : passer des moments tranquilles et pleins d’action, des moments seul et en groupe, des moments structurés et d’autres chaotiques. Ne serait-il pas parfait de passer une demi-année (à cause du temps, bien sûr, autre différence importante !) à Barcelone (l’hiver) et l’autre moitié (pendant l’été) en Suède ? Ça oui, à cause de l’argent, ce n’est pas si facile de le faire…

Cependant, j’ai décidé de vivre à Berlin. Un lieu parfait : au centre de l'Europe, entre le Nord et le Sud, avec des endroits tranquilles et pleins de vie, organisation et chaos… Une ville aussi diverse que la vie. Depuis mon appartement, même si j’ai les fenêtres ouvertes, je n’entends aucune voiture. Désormais, à cinq minutes de chez moi, on peut trouver nombreux bars, cafeterias, de la vie dans la rue, etc. La vie quotidienne est bien organisée, avec un réseau de transport public étendu et sérieux, qui peut te mener à explorer le chaos de la ville quand tu le veux. L’extraordinaire dynamisme urbain, les quartiers industriels caducs depuis la chute du mur de Berlin, des bars nommés clubs « privés » parce que c’est le client qui décide du prix des boissons… De temps en temps, ce réseau de transport public, si bien organisé, produit lui-même un peu de chaos, —comme en ce moment : depuis hier, les conducteurs d’autobus sont en grève (bon, ce genre de chaos ne fait pas toujours plaisir. Et encore moins quand l’on est en train de voyager et que l’on a besoin d’un autobus pour atteindre la station avec la valise…)-.

Voyons quand Lonely Karen Drifter viendra découvrir cet endroit (presque) parfait.

Cet article d’Henriette Ritz fait partie de la série de portraits eurobarcelonais. Traduction de Mireia Bel Photograph de Gerard Girbes (flickr.com)

Histoire du dragon floral

roses.jpg Il y a environ une semaine, le 23 avril précisément, a eu lieu un évènement majeur dans les rues de Barcelone. C’était en effet le jour de la Sant Jordi, saint-patron de Barcelone (en français, Saint-Georges, mais vous avouerez que ça fait moins couleur locale). La légende dit qu’un jour Saint Jordi a tué un dragon pour sauver sa princesse bien aimée, et du sang de ce dragon a poussé un rosier. C’est pourquoi en ce jour si particulier, qui fait un peu penser à une deuxième Saint-Valentin avancée dans le temps, les hommes offrent à leurs femmes, mères, amies ou même simples connaissances féminines, une rose. En retour, les femmes peuvent offrir un livre à la gente masculine: car le 23 février, c’est aussi l’anniversaire de la mort de Miguel de Cervantes, fameux auteur de Don Quichotte, et de ce fait grande figure de la littérature espagnole. Concrètement, le jour de la Sant Jordi à Barcelone se traduit par des centaines de stands de fleurs et de livres (neufs ou d’occasion) dans tous les coins des rues, et notamment sur les populaires Ramblas du centre-ville qui, à en croire les images “en direct” à la télévision, n’ont désempli qu’à une heure très tardive de la soirée. C’est dire l’importance de ce jour pour les barcelonais et les catalans, qui ont en même temps pu profiter d’une foire/festival aux livres dans la ville, en plus des mini stands de rue. Saint-Valentin, légendes féériques, foires aux livres, et commerces de rue temporaires, la Sant-Jordi c’est tout ça à la fois!

Article de Lucille Wehrlé Fotografia de Stoned59 (Flickr)

Zapatero 2.0 (et 2)

ZP i Hollande
Après la victoire inattendue dans le cadre des élections internes au Secrétariat Général du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) en 2000, José Luis Rodríguez Zapatero a pris les rênes d’un parti en pleine régression. __Ce moment là, personne ne voyait rien extraordinaire d'une figure politique encore à construire. Zapatero était encore moins connu dans les pays étrangers.

8 ans après, Zapatero non seulement a confirmé son autorité à l’intérieur du parti mais encore il a gagné deux fois de suite les élections espagnoles. Actuellement, il est à la fois la grande référence du socialisme espagnol et l’européen. Il faut seulement observer l’état du parti socialiste dans des pays comme la France, avec le PSF en pleine phase dépressive postsegolène, l’Italie, où le Yes we can de Veltroni, est devenu Berlusconi cans again, l’Allemagne, où le Linkspartei grappille dixième par dixième des points d’intention de vote au SPD, ou le Royaume Unit, où Gordon Brown ne réussit pas à renouveler le libéralisme social de Blair.

En face à l’évidence de sa perte d’influence, le socialisme démocratique européen doit renouveler d’urgence son discours. Mais vers quelle direction ? Vers le libéralisme social efficace de la Troisième Voie ou vers une accentuation d’une social-démocratie qui donne une réponse social et égalitaire au capitaliste global ?

Beaucoup de partis socialistes européens voient dans le succès de Zapatero un exemple à suivre. Cependant, les conseils de modernisation de la société et le développement des libertés des gens (égalité de genre, mariage homosexuel) que propose le gouvernement socialiste espagnol ne peuvent pas se considérer comme un modèle tout à fait applicable dans sociétés comme la française ou l’allemande, celles-ci beaucoup plus préoccupes pour les fonctionnement de l’État-providence que la société espagnole.

Traduction: Nuria Hernandez Crédits de la photo: Guillaume Paumier

La Violeta

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violeta.bmpDeux portes battantes s’ouvrent avec légèreté sur “ La Violeta ”, un bar spacieux fréquenté par les habitants du quartier. Une teinte sale s’étale du sol au plafond, recouvrant sur son passage les tables en plastique et les fines colonnes à chapiteaux qui rythment l’espace. Seuls l’extincteur et la publicité “ Estrella” égayent de notes rouges cette vaste salle tristement éclairée de néons.

Depuis deux semaines, j’assiste à la représentation quotidienne d’un spectacle bien rodé. Jour après jour, les habitués reviennent avec la précision d’une horloge suisse occuper leur rôle dans cette scène banale.

Marchant d’un pas décidé, le motard bleu marine ouvre le ballet à six heures moins le quart. Droit devant, il se dirige vers son tabouret au bout du comptoir. Sans qu’il ai besoin de commander, une petite bouteille brune se trouve sous son nez. Un homme qui lisait le journal à l’autre bout du zinc et semblait attendre le signal du départ se retire en silence.

La Violeta prend vie. A six heures et demie, la fine équipe des postiers vient occuper la table ronde. Un torchon à la main, le patron jovial prend part à la discussion animée. Le bar s’emplit peu à peu de jeunes chevelus qui jettent négligemment leur veste et roulent leur cigarette d’un air détaché.

L’écrivain ventripotent prend quant à lui quelques libertés. Il n’est ni fonctionnaire, ni ouvrier et peut faire son entrée à toute heure. Posant ses livres lourds, il émerge d’un nuage de fumée pour commander un café noir. Puis, pendant des heures, caressant sa barbe d’une main molle, il s’écoute parler.

Il y a aussi dans ce décors tout un tas de dos, de silhouettes dont je ne verrais jamais le visage car j’ai moi aussi ma place attitrée. De temps en temps, le patron jette un œil à mes dessins. Je croise sa femme au marché.

Et quand je rentre à la Violeta je sais qu’avant six heures le motard bleu marine franchira le seuil d’un pas décidé.

Texte de Géraldine Garçon, artiste française basée à Barcelone.

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